Excès de liquidités, ralentissement chinois, plongée des monnaies émergentes, effondrement du prix du pétrole… Huit ans après la crise des subprimes, les conditions sont de nouveau réunies pour un scénario noir. Heureusement, le pire n’est jamais sûr.
Cardiaques, s’abstenir ! En ce moment, il faut avoir le cœur bien accroché pour aller musarder sur les marchés financiers. En dix mois, la Bourse de Shanghai a perdu 40% de sa valeur, celle de Milan 30% et le CAC 40 navigue 25% au-dessous de son niveau d’août dernier. Et l’on n’est sans doute pas au bout de nos peines. Albert Edwards, le célèbre stratège de la Société générale qui avait prédit la crise des subprimes, table sur un plongeon de Wall Street de… 70% ! «En cinquante ans de carrière, je n’ai jamais vu autant de foyers dangereux s’allumer à la fois !», s’alarme le banquier belge Georges Ugeux.
Heureusement, les experts que nous avons interrogés ne croient pas tous à une crise généralisée. Pour eux, la probabilité qu’elle se produise varie de 10 à 30%. Voici les huit facteurs qui pourraient la déclencher.
1. Le monde croule sous les liquidités
Décidément, l’enfer est pavé de bonnes intentions. Pour redonner de l’oxygène à l’activité, asphyxiée après la crise des subprimes, les banques centrales ont injecté des montagnes de liquidités dans l’économie mondiale à partir de 2009. La Fed américaine a donné le top départ et la Banque centrale européenne a fini par s’y mettre il y a tout juste un an.
Résultat : la planète croule aujourd’hui sous 21.000 milliards de dollars de monnaie, trois fois plus qu’en 2007 et… dix fois plus qu’en 2000 ! Peut-être cette politique monétaire hyperlaxiste a-t-elle permis d’éviter une récession généralisée. Mais elle a aussi «donné des armes à la spéculation», prévient l’économiste Patrick Artus , auteur de «La Folie des Banques centrales» .
Car une bonne part de cet argent n’a pas été investi dans l’économie. Les financiers ont préféré la placer sur les marchés, où elle a fini par constituer des bulles qui ne demandent qu’à exploser. La folle envolée des Bourses et leur effondrement actuel en sont une belle illustration.
2. Un krach obligataire nous pend au nez
L’une des plus dangereuses de ces bulles est celle des obligations. Cela fait des années que les investisseurs se gavent de ces titres (bons du Trésor, emprunts lancés par les entreprises) négociables sur les marchés et qui donnent lieu au versement d’un intérêt fixe.
Lorsque les taux baissent, comme cela s’est produit ces derniers temps, elles représentent un placement en or, car elles rapportent plus que le marché. Mais si les taux remontent, leur valeur a en revanche tendance à s’effriter : personne n’a envie d’acheter une vieille obligation qui rapporte 2%, quand on peut en souscrire une nouvelle à 3% ! Du coup, les détenteurs de ces titres voient leur portefeuille s’effondrer.
C’est exactement ce qui risque de se produire, si, comme elle le promet, Janet Yellen, la patronne de la Fed , continue de remonter les taux américains. «Cette bulle est plus redoutable que celle de l’immobilier aux Etats-Unis avant 2007», prévient Patrick Artus.
3. Les High Yield pourraient s’effondrer
A très court terme, toutefois, le plus gros danger du marché obligataire est ailleurs. Comme les rendements des bons du Trésor n’ont cessé de chuter, du fait de la baisse des taux, les financiers se sont tournés vers des titres plus rémunérateurs. Baptisés «high yield», ces placements à rendement élevé, souvent générés par les pays émergents et le secteur pétrolier, sont vite devenus le nouvel eldorado des investisseurs institutionnels et des hedge funds.
Problème: depuis l’effondrement des cours du brut et le plongeon des émergents, ces «junk bonds», très risqués, attirent beaucoup moins de monde. Au point que leurs détenteurs peinent aujourd’hui à les revendre quand ils ont besoin de trésorerie. En décembre, un fonds spéculatif américain spécialisé Third Avenue a même été contraint de suspendre ses remboursements. «L’effondrement des «high yield» ne fait que commencer», prévient l’investisseur américain Carl Icahn.
La seule note rassurante, c’est que cette fois les banques sont restées en dehors du coup. L’effet d’un krach sur l’économie réelle pourrait donc être moindre qu’avec les subprimes.
High yield => Ces titres sont des obligations à haut rendement, émises par des entreprises à risque (en général très endettées). Ultra-spéculatifs, ils sont nombreux dans les pays émergents et dans le secteur pétrolier.